Ce que la stratégie nationale canadienne de sécurité alimentaire pourrait apporter pour un système alimentaire plus résilient

June 25, 2026

La Stratégie nationale de sécurité alimentaire du Canada est le tout premier plan global mis en place par le gouvernement fédéral pour rendre les denrées alimentaires plus abordables, plus accessibles et produites plus près de chez nous.

Annoncée au début du mois, cette stratégie s’appuie sur plus de 3 milliards de dollars d’investissements sur 10 ans, dont 1 milliard provenant du Fonds Food-Link destiné à renforcer les infrastructures alimentaires du Canada.

Cet investissement intervient à un moment critique, alors que le coût des denrées alimentaires reste élevé et que l’insécurité alimentaire touche près d’un Canadien sur quatre. Il s’agit d’une avancée significative pour le renforcement de notre système alimentaire, dont les piliers clés visent à trouver des moyens de rendre les aliments sains plus accessibles et de réduire les formalités administratives.  

À mesure que cette stratégie se met en place, Deuxième Récolte s’engage à collaborer avec le gouvernement et les acteurs de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement afin de trouver des moyens de garantir que ces changements politiques se traduisent par des progrès concrets en matière de réduction du gaspillage alimentaire et de récupération alimentaire.  

Voici ce que chaque pilier de la stratégie pourrait signifier pour notre travail.

Premier pilier : plus de concurrence dans le secteur de l'alimentation, plus de choix, des prix plus bas

Grâce au Fonds Food-Link, doté d’un milliard de dollars, cette stratégie vise à renforcer la concurrence dans le secteur de l’alimentation au Canada en s’attaquant à la concentration du commerce de détail, au manque d’alternatives sur le marché de gros, au nombre limité de distributeurs régionaux et aux lacunes en matière de capacités logistiques — dans le but ultime d’améliorer l’accès à des options alimentaires plus abordables.

Nous sommes encouragés par les investissements dans les terminaux alimentaires, les pôles de distribution alimentaire et les infrastructures alimentaires régionales. Les mesures visant à améliorer les infrastructures de distribution alimentaire, à accroître les capacités de transformation des denrées, à soutenir les agriculteurs et à augmenter la production tout au long de l’année constituent une étape importante vers la mise en place d’un système alimentaire plus résilient, plus efficace et plus compétitif. Pour réaliser pleinement leur potentiel, ces investissements doivent s’accompagner de mesures plus énergiques visant à s’attaquer aux obstacles structurels qui limitent la concurrence et aux autres pratiques susceptibles de contribuer à la hausse des prix des denrées alimentaires.

Afin de maximiser l’impact du Fonds, Deuxième Récolte recommande que les candidats éligibles incluent explicitement les associations caritatives enregistrées, les organisations à but non lucratif et les entreprises sociales qui gèrent des infrastructures de distribution alimentaire et de récupération des surplus alimentaires.

L'engagement du gouvernement à étudier la chaîne d'approvisionnement alimentaire du Canada intervient à un moment crucial. Alors que Deuxième Récolte s'apprête à publier une nouvelle étude nationale portant sur le secteur de la fabrication et de la transformation au Canada, nous y voyons une occasion précieuse d'approfondir notre compréhension de la manière dont les denrées alimentaires circulent tout au long de la chaîne d'approvisionnement et d'identifier les inefficacités qui contribuent aux pertes et au gaspillage alimentaires.  

Des recherches fondées sur des données factuelles seront essentielles pour identifier les atouts et les lacunes en matière d’infrastructures, ainsi que pour proposer des solutions concrètes permettant de maintenir la production alimentaire au Canada et de mieux exploiter les ressources existantes.  

Pilier n° 2 : transformer davantage les denrées alimentaires à proximité de leur lieu de production

« Le Canada doit créer davantage de valeur au sein de son propre système alimentaire en investissant dans les capacités de transformation nationales et dans l’innovation. Partout au Canada, nous continuons d’exporter des matières premières tout en important des produits alimentaires transformés à plus forte valeur ajoutée. Parallèlement, les leaders du secteur nous indiquent que certaines parties de l’infrastructure canadienne de transformation et de conditionnement à façon sont sous-utilisées, ce qui entraîne le gaspillage de denrées alimentaires comestibles. » – Lori Nikkel, PDG de Deuxième Récolte


L’un des axes majeurs de cette stratégie consiste à accroître la capacité nationale de transformation alimentaire du Canada en lançant un nouveau Fonds de financement de projets agroalimentaires d’un milliard de dollars destiné au secteur agroalimentaire et en investissant 250 millions de dollars dans les petites et moyennes entreprises du secteur alimentaire afin de leur permettre de moderniser leurs immobilisations et leurs équipements pour cultiver, produire et transformer davantage de denrées alimentaires au Canada.

Cela se traduira par davantage d’emplois dans les communautés qui produisent notre alimentation et par des systèmes alimentaires moins vulnérables aux perturbations en cas de problèmes à l’étranger.

De meilleures infrastructures peuvent améliorer la circulation des denrées alimentaires à travers le système, renforcer la résilience régionale et réduire le gaspillage. Elles favorisent également les solutions en amont qui rendent la récupération alimentaire plus efficace, en particulier lorsque les surplus alimentaires doivent être triés, stockés, transformés et redistribués rapidement.

Consciente de ce besoin, Deuxième Récolte a déjà lancé la construction d’une micro-usine de transformation au sein de notre entrepôt d’Etobicoke. Prévue pour entrer en service en septembre, cette installation vise à accroître la récupération alimentaire et à améliorer l’accès à des aliments frais et nutritifs pour des milliers de personnes chaque année.  

Pilier n° 3 : Cultiver des fruits et légumes toute l'année

Cette stratégie prévoit un investissement de 750 millions de dollars dans l’agriculture sous serre et en milieu fermé afin de soutenir la production de fruits et légumes tout au long de l’année au Canada, y compris dans les communautés rurales et isolées.

Cultiver davantage de denrées alimentaires à proximité de chez nous peut renforcer les systèmes alimentaires locaux et réduire notre dépendance vis-à-vis des importations. Des chaînes d’approvisionnement plus courtes se traduisent par des temps de transport réduits, moins de pertes dues à la détérioration et une durée de conservation plus longue pour les produits frais.

Manitoba Keewatinowi Okimakanak (MKO), une organisation qui représente les citoyens de 26 communautés des Premières Nations du nord du Manitoba, a fait part de ses inquiétudes quant au fait que cette stratégie ait été élaborée sans consultation adéquate des populations autochtones et qu’elle risque de renforcer la dépendance vis-à-vis du sud. MKO recommande une consultation significative des populations autochtones ainsi que des investissements spécifiques et à long terme pour lutter contre l’insécurité alimentaire dans les systèmes alimentaires du nord et ceux gérés par les populations autochtones.

4e pilier : faire baisser les prix en réduisant les formalités administratives

La stratégie vise également à réduire les obstacles réglementaires afin de diminuer les coûts et d’encourager les investissements, sans compromettre la sécurité alimentaire ni les normes sanitaires.

Parmi les mesures clés de la stratégie figurent l’accélération des procédures d’autorisation pour les semences, les aliments pour animaux, les engrais et autres produits biologiques vétérinaires, ainsi que la simplification des formalités administratives pour près de 4 000 établissements alimentaires titulaires d’un permis provincial, afin de les aider à se conformer aux exigences alimentaires fédérales et à saisir de nouvelles opportunités de marché.  

Il sera important que les efforts visant à rationaliser la réglementation préservent les mesures de protection de la santé publique et de l’environnement. Certaines modifications proposées, notamment les dispositions du projet de loi C-30 relatives à l’utilisation des pesticides, ont suscité des inquiétudes quant à leurs répercussions potentielles à long terme. Alors que la stratégie vise à améliorer la compétitivité et la productivité, les changements réglementaires devraient également soutenir la résilience à long terme du système alimentaire en protégeant la santé des sols, la biodiversité et la confiance du public.

L'étiquetage de la date limite de consommation offre une autre opportunité de modernisation réglementaire. S'appuyant sur des exemples de réussite à travers le monde, les recherches menées par Deuxième Récolte ont montré que réduire l'utilisation du codage des dates lorsque celui-ci n'est pas lié à la sécurité alimentaire, et distinguer plus clairement les mentions de qualité de celles de sécurité, pourrait contribuer à réduire le gaspillage alimentaire, à diminuer les coûts et à maintenir en circulation davantage d'aliments encore comestibles.  

Le gouvernement tirera également parti du pouvoir d’achat fédéral grâce à la nouvelle Stratégie nationale d’approvisionnement en aliments et boissons et au Cadre stratégique « Achetez canadien », et collaborera avec les provinces pour promouvoir l’achat de produits alimentaires canadiens dans le cadre des marchés publics.